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Mardi 29 Juin 2010

Cultiver son jardin

Bien souvent, la capacité à faire soi-même et pour ses proches renforce l’aptitude à s’insérer dans le monde du travail rémunéré.

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Le philosophe Daniel Cérézuelle et le directeur de recherche au CNRS, Guy Roustang, tous deux fondateurs du PADES : Programme autoproduction et développement social, développent cette thèse. Pour des classes sociales plus aisées, ils seraient des coachs. Pour les plus démunis et les populations en décrochage social, ce sont des « accompagnateurs d’auto-production ».  Le  titre du vigoureux plaidoyer autant que manuel pratique qu’ils viennent de publier, « L’autoproduction accompagnée » est sous-titré « un levier de changement ». Il s’agit d’encourager des sans emplois à  reconquérir leur vie quotidienne, en les incitant à des actes non-marchands et non-monétarisés comme réapprendre ou apprendre à cultiver un jardin, bricoler, rénover un appartement, concevoir des vêtements ou des meubles. D. Cérézuelle et G. Roustang ont mis au point leur dispositif et leur méthodologie depuis 1996.
 
 « Une source d’autonomie, de plaisir et de fierté »
« Bien souvent, la capacité à faire soi-même et pour ses proches renforce l’aptitude à s’insérer dans le monde du travail rémunéré » réaffirment le philosophe et le sociologue. « A l’opposé, la difficulté à faire par soi-même renforce la vulnérabilité économique des ménages et la difficulté des personnes à se construire comme sujet social et agent économique. Il est donc important  de consolider la capacité à s’engager dans un faire productif là où elle se construit en premier lieu : en réponse aux besoins de la vie quotidienne. » La promotion de cette aide aurait des vertus « autonomisantes et socialisantes », selon les deux chercheurs, et n’aurait donc rien à voir avec une démagogie occupationnelle.
« L’autoproduction accompagnée est un outil supplémentaire pour l’insertion par l’activité professionnelle » qui ne décourage en rien le retour à l’emploi.  Bien au contraire. Le « faire soi même est source d’autonomie, de plaisir et de fierté » qui permet  également des échanges sociaux variés et de sortir des gens abîmés et sans emploi de leur isolement, remarquent encore les dirigeants du PADES. Leur programme multiplie les micro-expériences un peu partout sur le territoire, avec des partenariats très variés comme des associations de jardin familiaux ou les Compagnons bâtisseurs.
La filière intellectuelle dans laquelle s’inscrit les théoriciens de « l’autoproduction accompagnée » est proche de celle du capacitao (autonomie citoyenne en brésilien), mais aussi de la nouvelle école du New urbanism qui insiste sur l’idée que si les bidonvilles sont à éradiquer, il y a également sous cet amas de pauvreté, un réel laboratoire urbain et social du vivre ensemble bidonvillien à l’oeuvre. La destruction au bulldozer administratif de ces capacités de réseaux inventifs et réactifs serait dommageable.

Emmanuel Lemieux - Lesinfluences.fr
 
Pour aller plus loin :
L’autoproduction accompagnée, de Daniel Cérézuelle et Guy Roustang, Erès, 202 p., 2010.
Contact : www.padesautoproduction.net

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