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EPN : En quoi l’approche du Festival cinéma et travail vous a paru intéressante ?
Serge Volkoff :Par le raccourci qu’elle crée entre le monde du travail et le monde des productions culturelles. Je pense que les enjeux du travail ont grand besoin d’initiatives d’ouverture, d’échanges. Pour deux raisons fondamentales. D’une part, en France, et c’est une spécificité nationale, le débat social sur le travail reste faible. La classe politique se tient très loin de ces questions. Les organisations syndicales, faute de forces vives, ont de plus en plus de difficultés à se faire entendre sur ces sujets. Ajoutons à cela une caste médiatique qui se cantonne à une vision très sommaire du monde du travail. D’autre part, nous vivons une période d’intensification du travail. On est de plus en plus le nez dans le guidon, à vivre des mutations et des changements incessants. Rares sont les moments de réflexion où l’on peut prendre du recul, remettre en question le modèle dominant.
Le monde du travail actuel souffre beaucoup d’incompréhension. Les processus de décision sont obscurs. On ne comprend pas les impératifs émanant de la hiérarchie d’en haut. Et ceux d’en haut ne comprennent pas ce qui se passe en bas. C’est le principe de « Je n’arrive pas à voir et je ne donne pas à voir. » Le cinéma peut montrer ce qu’on ne donne pas à voir et ouvre ainsi sur un espace d’interrogation. Il a la capacité de porter la question de visibilité de façon unique.
Le cinéma est-il légitime pour parler du monde du travail ?
Oui, à condition que le réalisateur ne privilégie pas une démarche narcissique où il prend prétexte d’un aspect du travail qu’il croit avoir compris pour réaliser une démonstration. Ce qui est plus intéressant, c’est le fait de raconter une histoire, de personnaliser les problématiques du travail. Une fiction peut toucher aussi bien, voire mieux, la sensibilité de chacun sur une dimension du monde du travail. Le débat peut ensuite confronter cette vision à d’autres réalités.
Quel film sur le monde du travail vous a marqué ?
Je pense en particulier au film de Fabienne Godet, « Sauf le respect que je vous dois ». C’est l’histoire d’une petite entreprise où le patron impose des relations très tendues à ses collaborateurs et exige d’eux une surmobilisation. Un salarié se suicide sur son lieu de travail et on suit, de façon presque documentaire, les interrogations de son ami, sur les valeurs qui lui importent. J’ai beaucoup aimé ce film que j’ai regardé avec l’œil d’un chercheur et j’ai trouvé que la réalisatrice avait une façon très originale de traiter du temps. Vit-on dans un monde essoufflé ? Peut-il y avoir des temps de recul ? Par sa façon de tourner, de monter, elle montre très bien dans quelle mesure les salariés ne maîtrisent pas le temps de travail, comme tout cela leur file entre les doigts. Dans ce film, plusieurs personnages essaient de comprendre pourquoi ce drame a eu lieu et de convaincre leur entourage qu’il est important de le comprendre. La souffrance qui en résulte et la nécessité de compréhension se transmet au spectateur.
Recueilli par Pascale Colisson
Lesinfluences.fr
Pour en savoir plus :
www.lumieres-sur-le-travail.fr
Sur notre site, à lire bientôt dans la rubrique "Figures Libres" :
- Le cinéaste Mehdi Charef