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Jeudi 01 Décembre 2011

Les métiers du déchet ne sont pas à jeter.

Des anthropologues et des sociologues se sont penchés sur ces professions mal vues et les plus souvent taboues.

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Quelle est l’employabilité d’un éboueur ou d’un employé de la morgue ? « Aucun des  travailleurs auxquels nous allons nous intéresser n’a suivi au préalable de formation professionnelle aux métiers de l’assainissement ou de la mort, aucun d’eux ne possède de diplôme en la matière, explique l’ethnologue Agnès Jeanjean, déjà auteure de « Basses œuvres, une ethnologie du travail dans les égoûts (CHTS, 2006).
 
Bref, tous ces métiers du déchet et des restes organiques souffrent d’un problème de transmission de leur savoir-faire. La plupart du temps est simplement réclamé au professionnel, une bonne condition physique ainsi qu’une résistance psychologique à des matières peu ragoûtantes. A l’instar de la caste des chiffonniers égyptiens, de nombreuses professions du sale et de l’ordure relèvent dans l’opinion française de cette même relégation du dégoût. De ces secteurs, on ne sait trop rien. En quoi consiste le travail, sa mentalité et son organisation dans ces zones de relégation symbolique et de dureté physique ? Qui sont ces travailleurs particuliers ? Sont-ils déchus parce que travaillant auprès des ordures ou bien sont-ils affectés au ramassage des ordures parce que considérés comme inemployables, inutiles, comme « déchets sociaux » eux-mêmes ? s’est demandé un groupe de chercheurs en sciences humaines et sociales, à travers analyses et enquêtes de terrain.
 
Professions nées de l’angoisse collective
 
L’historien Alain Corbin a écrit la préface de cet étonnant livre collectif intitulé Les Travailleurs des déchets (éditions Eres). Il note que jadis, symbole culturel fort de promesse de fécondité, le déchet organique est créateur d’angoisse. « C’est elle qui a suscité la genèse de l’hygiène publique à la fin du XVIIIe siècle. C’est elle qui a imposé d’expulser les cimetières, les tueries animales, l’équarrissage, la dissection hors des villes. C’est elle qui a conduit à entourer tous ces lieux et les établissements infects de hauts murs, afin de les dissimuler et d’enrayer la dispersion des odeurs. C’est cette angoisse qui a stimulé la ventilation des ateliers et des hôpitaux. C’est elle qui a, finalement, imposé l’expulsion par l’écoulement, c’est-à-dire le tout-à-l’égout ou le traitement en circuit fermé. C’est elle qui a, in fine, suggéré à Pasteur le rêve d’un tube –sorte de pipe-line- qui conduirait les ordures de Paris directement sous la mer. »
 
Un type de management calqué sur le secteur des services
 
Les chercheurs soulignent la difficulté d’être soi-même dans ce métier, les effets de sidération qui surprend face à cette matière à traiter ou encore l’important turn-over. Pour se protéger, des risques de contamination ou de manipulations, des professions comme celles des égoutiers et des éboueurs doivent inventer des gestes, des sécurisations et aussi une psychologie particulière.
 
Mais ces métiers dans la France de 2011 sont-ils aussi éloignés qu’on veut bien le croire du reste du monde du travail ? Le type de management chez les ripeurs (videurs de poubelles dans la rue) tend à être le même que celui observé dans le secteur des services. Certes les uniformes sont plus beaux, les camions moins inconfortables, tandis que les conteneurs (quand ils existent) diminuent la masse des efforts à produire, mais l’automatisation a également intensifié la productivité du ripeur : or il faut 12 secondes pour vider une poubelle à l’aide d’un automate, contre 4 secondes en vidage manuel (et des déformations de la colonne vertébrale garanties). Au bout de la journée, la différence de productivité peut être énorme pour peu que le ripeur sous pression ait accéléré le système manuellement afin de vider toutes les poubelles et de remplir ses objectifs.
 
Pour les chercheurs Valérie Pueyo et Serge Volkoff, « si le travail des ripeurs est « mal vu », tout aussi peu visible est le faisceau des décisions qui déterminent ses contraintes. En cela aussi, la collecte des déchets a bien les traits d’un travail d’aujourd’hui. »
 
Angelos Soares, professeur canadien au Département d’organisation et  ressources humaines de l’université du Québec, a repéré lui une grande élégance chez les éboueurs brésiliens : « Les éboueurs que nous avons rencontrés conservent « l’élégance du hérisson » : à l’extérieur ils donnent l’impression d’être durs, forts et porteurs du courage de faire face à un travail exténuant, mais à l’intérieur, ils sont aussi simplement raffinés que les hérissons qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. »
 
 
www.lesinfluences.fr
Les travailleurs des déchets, sous la direction de Delphine Corteel et Stéphane Le Lay, Erès Editions, Toulouse, 2011,  327 pages, 18 euros.
www.editions-eres.fr

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