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Jeudi 25 Avril 2013

« La diversité est un levier de performance économique, sociale et sociétale »

Soumia Belaïdi Malinbaum constate et combat le sexisme ordinaire dans les entreprises, comme toute autre forme de discrimination.

« La diversité est un levier de performance économique, sociale et sociétale »

Française d’origine algérienne et sœur de la documentariste et secrétaire d'Etat Yamina Benguigui, Soumia Belaïdi Malinbaum est directrice du développement au sein de l’entreprise Keyrius. Co-fondatrice de l’Association Française des Managers de la Diversité (AFMD), elle milite depuis de nombreuses années contre toutes ces discriminations.

Emploiparlonsnet : Avez-vous vous-même été touchée par la discrimination ?
Soumia Malinbaum : La question des femmes fait partie des 19 critères de discriminations prévus par le législateur, et à l’AFMD, nous les abordons en effet toutes. Notre combat est global. Mais il est vrai que j’ai moi-même rencontré quelques difficultés lorsque j’ai créé ma société en 1991 dans l’informatique. Il m’a fallu dépasser cette forme de discrimination envers les femmes dans un secteur assez austère et essentiellement masculin… D’autant plus qu’à l’époque il y avait une forme de sexisme ordinaire. Je dois d’ailleurs dire que mes origines maghrébines m’ont moins créé de difficultés que le fait d’être une femme.

EPN : Quels sont les tremplins les plus efficaces selon vous pour permettre l'égalité homme-femme dans le monde professionnel ?
S. M. :Nous sommes convaincus que la diversité est un levier de performance économique, sociale et sociétale. Déjà parce que la différence implique une réflexion, une remise en question et donc peut être à l’origine d’une plus grande créativité, une source d’innovation, dans l’entreprise. Je pense même que les femmes peuvent être porteuses de cette innovation, car elles ont appris des échecs des hommes… Par exemple dans la finance. Elles peuvent apporter un renouveau dans un monde économique qui a longtemps été majoritairement masculin. Par exemple, dans mon entreprise, j’ai eu des échanges avec des collaborateurs pendant lesquels j’évoquais ma volonté d’échanger avec les partenaires et concurrents… La communication me paraît essentielle dans le domaine des nouvelles technologies. Mais pour mes collègues masculins, on ne discute pas avec les concurrents, on les « détruit »… Ensuite, pour permettre l’égalité, il faut aussi tout simplement veiller à ce que la loi soit appliquée. C’est un point fondamental. Ce qui suppose de se donner les moyens de contrôler cela. Par ailleurs, il nous faut également revoir la question de l’organisation du travail pour plus d’égalité entre les hommes et les femmes. La réforme du congé parental par exemple va dans le bon sens mais il faut que les dirigeants de la gente masculine donnent l’exemple. Certains PDG le font et c’est très important, mais je crains que le changement soit lent.

EPN : Que sont devenues les 10 mesures de l'AFMD proposées avant les élections présidentielles ?
S. M. :Certaines ont été reprises comme la nomination du haut-fonctionnaire à l’égalité dans chaque ministère. Nous avons par ailleurs apporté notre expertise dans le cadre des travaux sur le contrat de génération. En outre, notre commission « Femmes et gouvernance », créée il y a plus d’un an après la loi Copé-Zimmerman, devrait rendre ses conclusions d’ici septembre. Nous avons cherché à comprendre pourquoi les femmes étaient sous-représentées dans les conseils d’administration, comités directeurs… ou même tout simplement comme managers. Il s’agissait donc d’identifier les freins et leviers pour faire évoluer cette tendance. Nous avons également travaillé avec des réseaux de femmes, ceux-ci se multipliant depuis quelques années, et avons associé le monde académique sur les aspects d’auto-censure. Un guide devrait par ailleurs paraître en juillet.

EPN : Quelles  évolutions majeures  avez-vous constaté depuis la création de l'AMFD en 2007 ? 
S. M. :Il y a eu une vraie prise de conscience… De nombreuses entreprises se sont engagées. Nous étions une poignée de pionniers en 2007, et nous sommes aujourd’hui plus de 100. Cela montre déjà que nous avons bien travaillé, et que, pour les entreprises, le sujet constitue toujours un enjeu majeur.

EPN : L'AFMD travaille beaucoup avec le CAC40, mais vous souhaitez l'étendre aux plus petites entreprises. N'est-ce pas plus compliqué dans une  structure plus modeste qu'une firme du CAC40 ?
S. M. : Non. Il faut faire de la pédagogie et mobiliser tous les leviers. Nous avons par exemple créé un outil de e-learning en partenariat avec le CJD qui permet de former les chefs d’entreprises. A travers cet outil, accessible à tous en ligne, on peut mesurer l’enjeu d’une politique diversité. J’insiste : notre conviction est qu’il faut convaincre plutôt que contraindre. Et puis les grandes entreprises disposent de leviers pour faire bouger les plus petites… Je pense notamment aux achats. Nous avons d’ailleurs une commission en cours sur les achats responsables.

Audrey Minart Lesinfluences.fr

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