
A l’occasion de la Fête des Pères, Regus, fournisseur d'espaces de travail flexible, a publié une étude sur le fait que les pères actifs cherchent à passer plus de temps avec leurs enfants. Quel regard portez-vous sur cette étude ?
Il est intéressant de constater avec cette étude que les pères se retrouvent confrontés à une problématique bien connue des mamans actives : équilibrer carrière et responsabilité parentale et qu’ils revendiquent une certaine flexibilité du travail dans cette optique. Or, à l’heure actuelle, la réponse des entreprises est souvent cantonnée à la mise en place de crèches ou de conciergeries. Pourtant, la demande des salariés porte clairement sur la possibilité de travailler à la carte, ce qui permet une meilleure articulation entre les vies privée et professionnelle et contribue, d’autres études le prouvent, à une performance accrue des entreprises.
Pensez-vous que les pères revendiquent aujourd’hui plus souvent de vivre leur parentalité ?
Absolument. Notamment les jeunes pères qui ne veulent plus rentrer à 21 heures après des réunions tardives et passer à côté des premières années de leur enfant. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à prendre les 11 jours du congé de paternité. Ceux qui hésitent encore sont les cadres, dont les entreprises ne financent pas le différentiel entre leur salaire et la contribution de la Sécurité sociale. Chez les jeunes qui cherchent un emploi, la question de la conciliation entre les deux sphères de vie est prégnante dans leur choix d’employeur.
Est-ce toujours aussi difficile à un père d’exprimer ce désir de parentalité auprès de son entreprise ?
Oui, car les mentalités et les représentations peinent à changer. Un père qui souhaite partir plus tôt parce que son enfant est malade entend encore bien souvent cette réflexion : « Votre femme ne peut pas y aller ? ». Il y a un énorme de travail de déconstruction des stéréotypes à mener pour changer la culture, les regards liés à la parentalité. Du côté des employeurs, comme du côté des salariés. Dans un laboratoire de santé, le DRH avait mis en place un programme baptisé Papa Poule afin de sensibiliser les pères à leur parentalité en leur proposant d’assister à des ateliers de puériculture et d’apprendre ainsi les bons gestes. L’initiative n’a pas vraiment rencontré de succès. Certains secteurs, comme le conseil par exemple, pratiquent beaucoup la « rétention du personnel », imposant un temps de présence très important des salariés dans l’entreprise. Or, on constate que les jeunes diplômés partent souvent après deux ou trois ans, du fait du peu de flexibilité dont ils disposent. C’est une déperdition de temps et de talents.
Comment peut-on avancer sur ce point ?
Certaines entreprises, novatrices, ont signé la Charte de la parentalité, s’engageant à mieux concilier vie professionnelle et vie familiale de leurs salariés. Aujourd’hui, elles sont environ 400, de tous secteurs et de toutes tailles. Elles mettent en place des mesures spécifiques comme le fait de ne pas prévoir des réunions avant 9 h et après 17 heures. Certaines réfléchissent à favoriser le télétravail, ou à d’autres modes de garde que les crèches. D’autres pistes émergent, comme celles évoquées par Brigitte Grésy dans le rapport qu’elle a rendu en juin 2011 sur la parentalité en entreprise. Elle préconise de donner la possibilité à la naissance de prendre des congés spéciaux, à partager entre les parents et d’en accorder d’autres à certains moments difficiles –au moment de l’adolescence, par exemple. Car souvent, les mesures concernent l’enfant jusqu’à ses trois ans, alors que les problématiques de la parentalité vont bien au-delà.
D’une façon générale, les managers devraient être formés et sensibilisés à la question des stéréotypes et à une meilleure connaissance de tous les congés liés à la famille. Et éviter les petites phrases assassines du genre : « Tu prends ta demi-journée ? » quand un collaborateur part à 18 heures.
Mais il est également indispensable que les pères osent s’exprimer sur cette question et revendiquer leurs désirs et attentes en matière de parentalité.
Pascale Colisson - Lesinfluences.fr
www.criteresdechoix.com
Karen Demaison est l'auteur d’un « Panorama international des pratiques d'articulation entre la vie professionnelle et la vie personnelle » et d’un « Panorama de l’articulation des temps de vie dans le secteur du conseil ».