
Cela a sonné comme une provocation. Une responsable du recrutement anonyme, auto baptisée « crevure néolibérale », a fait part sur Rue89 (http://eco.rue89.com/2011/01/05/lettre-ouverte-dune-crevure-neoliberale-aux-jeunes-chomeurs-183644) de son intransigeance par rapport à « l’excuse » de la crise économique avancée par certains demandeurs d’emploi. « La tactique de la pitié et de la génération sacrifiée ne marche pas trop – à dire vrai, ça nous gonfle essentiellement. Donc pas la peine de râler sur le marché du travail impitoyable ou le marché du logement qui ne ressemble plus à rien dans les grandes villes. »
Des mots qui ont suscité la polémique – on compte plus de 1000 réactions de lecteurs à cet article – et une réponse révoltée de la porte-parole de Génération précaire : « Les néolibéraux, ils vous donnent du « moi aussi, j'ai galéré ». Or il y a dix ans, il y avait dix fois moins de stagiaires en France, pas d'autoentrepreneurs, et les loyers étaient trois fois moins cher », écrit Ophélie Latil.
Dans cette période de chômage élevé, deux visions s’affrontent chez les recruteurs : une ligne dure qui refuse de prendre en compte l’état actuel catastrophique du marché du travail et une autre plus ouverte. La crise économique, amie des candidats au parcours heurté ?
En situation de récession
Les recruteurs seraient-ils si déconnectés de la réalité ? « Pas tous », estime Carole Tuchszirer, chercheuse et socio-économiste au Centre d’études de l’emploi. « Les périodes de chômage dans une situation de récession sont moins rédhibitoires pour les recruteurs que dans une situation de plein emploi. Il s’agit alors d’un constat de carence économique plutôt que le signe de défauts chez le candidat », nous dit-elle.
Certains recruteurs semblent en effet s’être adaptés à cette réalité du marché du travail. « Dans un contexte économique difficile, on sait bien que les gens en recherche d’emploi ne sont pas moins motivés ou moins qualifiés que les autres, confirme Julia Urtado, responsable recrutement. On prend cet élément en compte. On ne remet pas les compétences du candidat en question. On essaie de savoir pourquoi il a quitté son ancien poste. Un licenciement pour raison économique est compréhensible et beaucoup moins pénalisant qu’un licenciement pour faute. »
Les recruteurs reconnaissent que les parcours « classiques », c'est-à-dire sans « trous » dans le CV, deviennent de plus en plus rares. Il est fini le temps où on restait toute sa vie dans la même entreprise. « Un cadre qui se fait licencier après dix années passées au même poste, je comprends qu’il ait besoin de temps pour se reconstruire, pour faire le deuil de son ancien emploi, pour se ressourcer. Ca ne me parait pas bizarre qu’il faille du temps pour rechercher un nouvel emploi », déclare Laurent Gonzales, recruteur.
Laurent Firdion - Lesinfluences.fr
REPERES
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