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Mercredi 16 Juillet 2014

Pourquoi il faut dormir au travail

De nombreux salariés somnolent au bureau. Mais la France n’a pas encore adopté, contrairement à de nombreux pays, la culture de la sieste pourtant très bénéfique pour le travailleur comme pour l’entreprise.

Pourquoi il faut dormir au travail

19% des salariés s’endorment ou s’assoupissent au travail, selon une récente étude menée par l’Institut national du sommeil et de la vigilance. Mais, en France, peu d’entreprises voient d’un bon œil la sieste réparatrice. Dans la plupart des esprits, elle est toujours réservée aux jeunes enfants ou aux personnes âgées. Et ceux qui n’ont pas le bon âge et cèdent à un petit somme après le repas sont vite assimilés à des fainéants ou des fêtards. Pourtant, médecins et somnologues sont unanimes. La somnolence après le déjeuner est naturelle et c’est un besoin biologique contre lequel on ne devrait pas lutter. Outre le fait qu’elle est excellente pour la santé et qu'elle prévient les maladies cardiovasculaires, la sieste favorise la mémoire, élimine le stress (cause de l’augmentation de l’absentéisme) et permet d’être plus concentré. Bref, elle profite à la productivité du salarié.
 
Selon Russell Foster, professeur de neurosciences à l’université d’Oxford, nos nuits se sont raccourcies d’une à deux heures depuis les années 50. Et ce manque de sommeil, estime-t-il, cause une perte de productivité considérable. Elle coûterait aux Etats-unis 63 milliards de dollars par an et 7,8 jours de travail part salarié. La NASA aussi s’est intéressée dès 1995 aux vertus de la sieste et a soumis des pilotes de Boeing 747 à une étude. Ceux autorisés à faire une sieste de 40 minutes par jour, soit une moyenne de 25 minutes de sommeil effectif, avaient une amélioration de leurs performances en termes de vigilance de 34% par rapport à ceux qui étaient restés éveillés. Des chiffres à prendre en considération quant on a la charge de plus de 400 personnes…. Idem sur la route. Un tiers des accidents mortels, soit 800 à 1 000 décès par an, est dû à l’endormissement, selon une étude Vinci Autoroutes avec l’Institut du sommeil. Les effets bénéfiques de la sieste sont encore démultipliés chez les salariés travaillant en horaires atypiques, soit deux sur trois.
 
Alors pourquoi en France ce sommeil réparateur reste-t-il tabou ? Seules quelques entreprises comme Orange ou Novius, une PME spécialisée dans les logiciels internet, ont osé franchir le pas. Sur le modèle de Google qui a aménagé des espaces de relaxation pour ses salariés.
 
Mais les plus accros au petit dodo post-déjeuner sont les pays asiatiques. Depuis Mao, qui veillait de près à la productivité, le droit à la sieste est inscrit dans la constitution chinoise. Dans de nombreuses entreprises japonaises, la sieste est même obligatoire. Beaucoup éteignent même les lumières pendant une dizaine de minutes après le repas de midi. Et si un salarié pique un petit roupillon pendant une réunion, ses collaborateurs s’en félicitent, il n’en sera que plus performant après. Sur ce point, l’Espagne a perdu du terrain. Comme beaucoup de pays chaud, la sieste faisait partie de la vie quotidienne jusque dans les années 80. Mais le gouvernement a raccourci le temps de la pause déjeuner et seuls 20% des Espagnols peuvent rejoindre Morphée avant de reprendre leur travail. Pays chaud ou pas, les scandinaves, adeptes du bien être, pratiquent volontiers l’art du petit repos. Comme au Canada ou au nord des Etats-Unis.
 
Mais la France n’a pas dit son dernier mot. Selon une enquête réalisée par le cabinet Robert Half qui vient d’être rendue publique, 47% des directeurs ou responsables administratifs et financiers de l’Hexagone sont plutôt favorables à l’instauration d’une sieste d’au moins 20 minutes sur le lieu de travail. Seuls 36% trouvent l’idée farfelue. Mais attention, sieste oui, mais maîtrisée. Un sommeil diurne supérieur à 30 minutes peut engendrer les effets inverses. On se sent groggy et bon à rien. Exit donc la « sieste royale » ainsi que la nomme Bruno Comby, ingénieur spécialisé « dans la vulgarisation scientifique sur la santé et le mode de vie », et auteur de Eloge de la sieste, et place à la « sieste standard » d’une vingtaine de minutes qui, selon lui, augmenterait en moyenne les gains de productivité d’environ 20%. La récente prise en charge du stress et des risques psychosociaux dans les entreprises pourraient aider les « siesteurs » à gagner la bataille de l’oreiller.      
                                                      
Florence Raillard
 
 

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