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Mercredi 16 Avril 2014

Même les littéraires peuvent faire carrière dans l’entreprise

Pour sortir des candidats formatés par les écoles de commerce et d’ingénieurs, l’opération Phénix fait entrer les étudiants des universités dans l’entreprise sur des postes auxquels ils n’auraient pas forcément pensé.

Même les littéraires peuvent faire carrière dans l’entreprise

L’opération Phénix devrait être un deal gagnant-gagnant. En mettant en relation les étudiants des universités avec les entreprises, elle permet aux premiers d’avoir accès à des postes plutôt dévolus aux jeunes sortants d’écoles de commerce et aux secondes d’avoir un recrutement plus diversifié. Créée il y a huit ans par Bernard Deforge, associé chez PwC, un cabinet d’audit et de conseil, avec le soutien du MEDEF et de la Conférence des Présidents d’Université, cette initiative associe cette année onze entreprises intéressées par la démarche. Jusqu’à présent elle était uniquement destinée aux littéraires et aux sciences humaines, et elle s’ouvre aux scientifiques, suite à la demande pressante de l’Institut de mathématiques de Jussieu. Car même dans cette matière, considérée en général comme le haut du panier, les problèmes d’embauche sont aussi cruciaux que dans les autres domaines.

Le principe de Phénix est simple. Les entreprises qui sont sûres d’embaucher (les autres sont exclues du programme ce qui est arrivé à Renault, la Société Générale ou Siemens) ont reçu lors d’un forum  le 8 avril, les étudiants en master 2. Ceux-ci devront postuler avant le 11 mai à trois des postes proposés. Cette année il y en a 23 mais, au vu de la qualité des candidats, ce chiffre peut être supérieur. Lorsqu’ils sont retenus, ils sont embauchés en contrat à durée indéterminée au niveau cadre. Mais avant d’être immergés dans l’entreprise ils doivent suivre un master « Métiers de l’entreprise » à l’université de Paris IV Sorbonne : c’est la seule à le dispenser et il va leur fournir en un temps record (350 heures) une formation en alternance à la culture générale du monde qui s’ouvre à eux. Une année entièrement prise en charge, durant laquelle ils perçoivent un salaire équivalent au revenu le plus bas que toucherait un étudiant sortant d’une école de commerce. Dans les 30 000 euros annuels.

Cette opportunité avait séduit Thibaut Saguez, un Phénix de la première heure. Après des études d’histoire et de philosophie, il a enchainé sur un DESS en sciences politiques. « Je ne savais pas quel serait mon métier mais j’étais persuadé qu’en faisant ce que j’aimais je trouverai chaussure à mon pied » dit-il aujourd’hui devenu consultant en audit financier chez PWC. Il avait bien fait quelques stages dans la presse durant ses études, mais le déclic s’est produit durant son année Erasmus en Angleterre. Il ne sentait pas forcément destiné à l’enseignement et il a « côtoyé là-bas des étudiants en sciences humaines qui se destinaient à rejoindre le monde de l’entreprise. Quelque chose de très courant chez eux qui nous échappe en France ». En s’intéressant à l’opération Phénix il voulait juste se frotter à une autre réalité et voir ce que valait son CV. Il n’avait rien à perdre. Et il a été séduit par les sirènes de ce cabinet de consultants. « Si c’était à refaire, je ne changerais rien à mon parcours. Ma formation est mon code génétique. Et il est important pour une entreprise d’avoir des profils différents. Des gens qui pensent, agissent et travaillent différemment ».

S’il ne modifierait en rien ses choix, il ferait en revanche volontiers évoluer les universités. « Il faut développer la confiance en eux des étudiants. Ce point est vraiment constitutif d’un jeune issu de l’université. Et leur donner une culture de l’entreprise afin de les rapprocher de cet univers. Phénix pourrait se développer beaucoup plus s’il n’était pas freiné par ces postures idéologiques et psychologiques dues aux facultés ». Lorsqu’il a présenté aux étudiants de Paris 1-Panthéon Sorbonne les perspectives que pouvait leur offrir Phénix, ils n’étaient qu’une dizaine dans la salle. L’information a encore du mal à passer.

Florence Raillard

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