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Vendredi 29 Août 2014

Et si les chefs d’entreprises logeaient leurs salariés ?

En raison de la constante augmentation des prix de l’immobilier, nombre d’employeurs cherchent à loger leurs salariés, quitte à investir eux-mêmes dans la pierre.

Et si les chefs d’entreprises logeaient leurs salariés ?

Le serpent se mord la queue. Le chômage augmente, mais en raison du prix des loyers, en constante hausse depuis 15 ans, nombre de demandeurs d’emploi sont obligés de s’éloigner des centres d’emplois pour trouver des logements plus abordables. Et le problème est particulièrement crucial pour les emplois saisonniers. Les chefs d’entreprise l’ont compris, et, se demandent de plus en plus s’ils ne doivent pas loger leurs salariés, et à des tarifs largement inférieurs à ceux du marché.
 
C’est ce qu’a fait Bertrand Bailly, directeur général de la société de conseil Davidson. Elue en juin numéro un des Best Workplaces in Europe 2014, cette entreprise « où il fait bon vivre » a fait retaper une maison en banlieue parisienne où elle va loger pendant un an, dans sept appartements aux loyers modérés, ses jeunes recrues venues de province ou de l‘étranger. « Le temps d’avoir l’assise financière pour se loger eux-mêmes, précise l’entreprise ». Même chose chez Axon cable, implanté dans la Marne, qui vient de réhabiliter un bâtiment d’une trentaine de chambres qu’il met à disposition de ses salariés pour la modique somme de 150 euros.
 
Le problème n‘est pas nouveau mais ne fait que se tendre. Selon une étude du Credoc, en 2012, 40% des établissements étaient affectés par ces difficultés, notamment ceux situés dans la région parisienne, en Paca et dans les grandes agglomérations. Les grandes entreprises (plus de 200 salariés), soit moins de 1% des entreprises en France, sont les plus touchées car elles emploient 38% des salariés. Et leur premier critère d’implantation n’est pas le prix des logements mais la proximité des moyens de transport. Les plus désavantagés par les prix de l’immobilier sont les jeunes bien sûr, et les familles monoparentales. Et plus de la moitié des travailleurs saisonniers, estimés autour d’un million. Les employeurs qui peuvent les loger le font. D’autres, comme dans l’Hérault, organisent des partenariats avec l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie et le Crous pour mettre, entre mai et septembre, à disposition des saisonniers, quelque 400 chambres d’étudiants. Chacun essaye donc de trouver des solutions. Certains font appel aux filières classiques comme l’Action logement (25% des établissements) ou s’appuient sur les collectivités locales, mais beaucoup mettent en place des actions spécifiques pour remédier au problème.
 
Xavier Niel, le patron de Free, anticipe cette difficulté en négociant par avance les nids de ses futurs startupeurs. En 2017 il compte ouvrir dans la halle Freyssinet, située dans le 13ème arrondissement de Paris, le plus grand incubateur de start-up du monde. Les 33 000 m2 pourront accueillir un millier de jeunes entrepreneurs. Mais où les loger ? La rive gauche parisienne est chère. Il négocie donc avec la municipalité d’Ivry, à 3 kilomètres de là, la construction de 800 studios pour les futurs créateurs. Mais la ville communiste, qui s’attache à une certaine mixité dans le bâtiment, semble tordre du nez pour l’instant…
 
Une situation qui ralentit également la mobilité professionnelle. Les ménages hésitent à déménager pour éviter une hausse de leurs dépenses de logement. Et un établissement sur cinq se plaint de ne pas réussir à gérer la mobilité interne de ses salariés quand 27% d’entre eux constatent que leurs employés habitent trop loin de leur lieu de travail, ce qui engendre fatigue et retards.
 
Florence Raillard

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