
Précarité, exclusion, concentration de quartiers difficiles : le département de la Seine-Saint-Denis constitue par nature un terreau favorable à l'entrepreneuriat solidaire et social (ESS). Et de fait, ce secteur emploie, selon l'Atelier – le centre de ressources de l'ESS de l'Ile de France- 28 000 salariés, dans 2600 établissements soit 7,5% de l'emploi du département. Il est particulièrement dense en associations (88% des ESS, contre 80% en moyenne dans la région), et en entreprises d'insertion (plus de 150), comme, par exemple, l'Usine, lieu événementiel situé à Saint-Denis, Emploi 93 (travail temporaire), ou encore Apij Bat (éco-construction). Le département compte du reste deux réseaux spécialisés dans le domaine, Inseréco 93 et Realise. Le commerce équitable y est également bien représenté, avec, notamment, le réseau Minga.
Montreuil, à l'Est du département, est quant à lui renommé pour ses multiples associations, et notamment celle des « murs à pêches », créée pour sauvegarder le site des murs à pêches et qui accueille aujourd'hui des jardins, des chantiers, un verger, …
C'est dans le 93 aussi qu'est né, entre autres, Mozaik RH, cabinet de recrutement spécialisé dans la diversité, ou qu'a grandi le groupe SOS, l'un des plus grands groupes privés de l'économie sociale et solidaire français, tous deux, désormais, installés à Paris.
Mais si le terreau est bon, les moyens parfois font défaut. « Les budgets étatiques consacrés à l'insertion dans le département ont tendance à stagner », note David Giffard, président d'Alterna-Entreprises, du groupe SOS, qui chapeaute huit entreprises d'insertion dont 4 dans le 93. Une morosité qui nuit aux start-up, les crédits restants étant plus facilement octroyés aux entreprises existantes qu'aux jeunes pousses. « Du coup, le dynamisme entrepreneurial est faible, il y a peu de nouvelles créations et les structures historiques ont du mal à grandir », regrette David Giffard. Les collectivités locales, cependant, sont sensibilisées à l'ESS. « Le nouveau conseil général vient de constituer une délégation à la solidarité, à l'insertion et à l'économie sociale et solidaire », souligne Claire Marenco, directrice de l'Atelier. Une initiative qui conforte les engagements pris, fin 2008, dans le cadre de son agenda 21 : le département s'y était engagé à introduire dans ses marchés une clause d'insertion sociale, qui permet de faire réaliser une partie des marchés par des personnes en insertion. En 2009, cette clause a concerné 5% des marchés, contre 3% au niveau national. La communauté d'agglomérations de Plaine Commune, qui regroupe Saint-Denis, Epinay sur Seine, l'Ile Saint-Denis, la Courneuve, Aubervilliers, Stains, Pierrefitte, Stains et Villetaneuse, est elle aussi volontariste. Elle tente depuis plusieurs années de sensibiliser les porteurs de projets -et les réseaux d'aides à la création d'entreprise-, à l'ESS pour le rendre partie intégrante du tissu économique. A bon entendeur....
Catherine Bernard - Lesinfluences.fr