
Certains secteurs d’activité sont des indicateurs avancés de l’économie. La logistique, avec les transports, en fait partie. Le secteur compte quelque 1,4 million de salariés(y compris les intérimaires), pour environ 25 000 entreprises dont les deux tiers emploient moins de 10 personnes.
Les signaux envoyés depuis l’automne 2011 étaient préoccupants. Généralement créateurs d’emplois, les transports et la logistique ont vu reculerle nombre des salariés sur deux trimestres consécutifs. Plus précisément, au premier trimestre 2012, ce recul des effectifs a été de 0,3 %, au même niveau qu’au trimestre précédent, comme le relève le Commissariat général au développement durable.
Cette évolution de l’emploi reflète le reflux de l’activité: sur les trois premiers mois de l’année, elle a baissé de 1,2 %dans les transports. Pas seulement à cause du fléchissement du fret, mais aussi dans le transport de voyageurs, ce qui est plus rare.
Un reflux de l’activité que l’on a retrouvé au niveau global : l’Insee a établi, pour le deuxième trimestre 2012 et pour la troisième fois consécutive, une croissance nulledu produit intérieur brut (PIB).
Tassement des exportations
Compte tenu de la stagnationde toute l’économie au deuxième trimestre 2012, on ne peut guère espérer de reprise de ce secteur cet été. Le tassement des exportationsau premier semestre de l’année, à cause de l’essoufflement des ventes de produits agricoles et de produits industriels (à commencer par l’automobile) conforte au contraire l’idée d’un recul qui se poursuivrait. Car l’évolution de l’activité dans les transports accompagne celle des échanges.
Dans ce contexte, le nombre des demandeurs d’emplois a, presque mécaniquement, continué de progresser dans les métiers de la logistique, de 2 % en ce début d’année après une précédente hausse de 2,9 % au dernier trimestre 2011.
Une enquête réalisée en début d’année par l’AFT-Iftim, organisme de formation spécialisé du secteur, laissait entrevoir ce retournement de la situation. En 2011, toutes les catégories d’emplois logistiques ont connu une progression de leurs effectifs et les volumes d’heures supplémentaires ont augmenté, mais cette tendance plutôt favorable ne semblait pas devoir se poursuivre en 2012.
La rupture, toutefois, n’est pas brutale : selon l’enquête, seulement 1 % des entreprises du secteur prévoirait des licenciements cette année. Mais tous les départs ne seront pas remplacés, les volumes d’heures supplémentaires seront revus à la baisse, et les recrutements seront moins nombreux qu’en 2011.
Baisse de l’intérim
Signe de cette évolution : l’intérim devrait baisser en 2012 chez les prestataires de transport/logistique. Les entreprises continuent toutefois d’embaucher des jeunes, surtout lorsqu’ils sont titulaires d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Les étudiants en stage, en revanche, voient un peu moins souvent leur période de test validée par une embauche.
Mais, remarque tout aussi inquiétante, l’enquête relève des difficultés de recrutement notamment sur des postes de cadres et d’agents de maîtrise, et note un manque de motivation des candidats.
Pourtant, la logistique quireprésente selon les secteurs 10 à15 % du coût final des produits, offre des leviers appréciables en sortie de crise. Elle permet de générer des gains de productivité et participe de la compétitivité d’un pays. C’est justement ce dont l’économie française a besoin.
Une fonction stratégique
Les gains de productivité envisageables en logistique sont d’autant plus importants que, en France, les deux tiers des entreprises de 20 à 100 salariés n’ont pas de responsable pour optimiser les transports et l’entreposage. Avec le renchérissement de l’énergie et l’importance prise par les hautes technologies, tant pour gérer le matériel que pour optimiser les flux d’information, cette fonction devient de plus en plus stratégique.
Des postes nouveaux devraient être créés dans ces spécialités, débouchant sur des embauches. Dans tous les domaines. Car si la partie transport, qui composait 43 % du coût logistique global en 2000, en représente aujourd’hui 51 %du fait de l’augmentation du prix de l’énergie,l’entreposage pèse tout de même 19 % du total, la logistique interne 17 % et les coûts financiers et administratifs 13 %.Autant de postes de dépenses à optimiser.
Ainsi, même en période de vaches maigres, la logistique devrait voir son rôle conforté. C’est le sens de la multiplication des plateformes logistiques dans l’Hexagone. Plus de 40 millions de m2 au total, avec de fortes concentrations dans le Nord, l’Ile-de-France et la région Rhône-Alpes. Avec de lourds investissements à la clé : de l’ordre de 4 milliards d’euros en quatre ans, estime l’Afilog, association spécialisée dans la logistique.
De quoi améliorer la productivité des acteurs de l’économie qui ont recours aux transports et à la logistique. C'est-à-dire… toutes les entreprises.
Gilles Bridier
Slate.fr