Tous les articles

La décision ne sera pas facile à prendre. Alors que Bercy cherche une dizaine de milliards d’euros pour parvenir à limiter le déficit budgétaire de cette année à 4,5 % du PIB, l’une des mesures envisagées, réduire l’avantage fiscal des entreprises qui pratiquent le mécénat, suscite déjà une levée de boucliers. Jusqu’ici, les entreprises peuvent déduire de leur impôt 60 % des sommes qu’elles allouent au mécénat. Cette déduction pourrait être ramenée à 30 %. En 2011, le mécénat a été pratiqué par 30 000 à 40 000 entreprises, pour environ 2 milliards d’euros par an.
L’avantage fiscal en question ne concerne pas seulement la culture, qui ne recueille que 26 % des sommes concernées, mais aussi l’action humanitaire ou éducative. Mais ce sont bien les professionnels de la culture qui se sont, les premiers, inquiétés de ce projet. L’Admical, l’association qui regroupe les entreprises adeptes du mécénat, a pour sa part lancé une pétition qui a recueilli près de 2 000 signatures. Son président, Olivier Tcherniak, explique dans la Dépêche du Midi que remettre en cause cet abattement serait détruire tout un réseau de solidarité.
« Indispensable à la culture »
La ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a elle aussi défendu le mécénat en soulignant qu’il est « indispensable à la culture » dans une interview à Radio Classique. Pour faire bonne mesure, elle a ajouté que « l’argent qui serait perdu venant du secteur privé devrait être compensé pour entretenir nos musées par des subventions d’état ».
Au moment où comme chaque année éclosent les festivals, les parcours d’art et les grandes expositions de l’été, la polémique n’est pas sans intérêt. Il suffit de regarder comment sont organisés tous ces évènements destinés à attirer un large public pour voir que le mécénat y tient une place importante. Au Louvre, à l’Opéra de Paris, au Grand Palais, des services spécialisés déroulent le tapis rouge pour les grands sponsors. C’est grâce à des mécènes, entreprises et personnes privées, que le Louvre a pu, récemment, acquérir les Trois Grâces de Cranach.
Dynamiser les régions
Partout, les grandes expositions et les festivals sont ainsi « signés » par un partenaire de la sphère marchande. Un exemple : le festival d’art lyrique d’Aix en Provence a une dizaine de partenaires, en tête desquels figure Vivendi. De son côté, le « Voyage à Nantes », qui se déroule dans tout l’estuaire de la Loire, a notamment pour partenaire la SNCF.
Paradoxe : Nantes est la ville de Jean-Marc Ayrault, que le premier ministre est parvenu en quelques années à revitaliser grâce à des actions culturelles spectaculaires. Il sait mieux que tout autre ce qu’apporte une politique culturelle dans des villes sinistrées, lui qui a initié le festival des Allumés, la Folle journée (musique classique) et « Le voyage à Nantes ».
Son complice Jean Blaise le dit bien dans une interview dans Le Monde du 15 juin : une offre culturelle riche fait venir les touristes et soutient l’économie. En juillet et août 2011, explique-t-il, le Voyage à Nantes a permis d’accueillir 200 000 visiteurs en deux mois : « les retombées pour ces deux mois sont chiffrées et s’élèvent à 46 millions d’euros »… Hôtels, restaurants, transports bénéficient de la manne et créent des emplois. Sans compter les retombées favorables en termes d’image sur Nantes et sa région. Bien entendu, les entreprises, dont de nombreuses PME, trouvent elles aussi leur compte dans cette action, qui les valorise fortement sur leur territoire et leur permet aussi de mobiliser leurs salariés.
Impact bénéfique
Le lien entre dépense culturelle et économie a été spécifiquement étudié l’an dernier lors du Forum d’Avignon « Culture, économie, média ». Le Forum avait commandé au consultant spécialisé Tera un rapport pour tenter de quantifier l’impact des dépenses culturelles sur l’économie de plusieurs grandes villes.
Le résultat est limpide : la part des dépenses culturelles des villes de l’échantillon représentait, en moyenne, 0,7 % du PIB par habitant, alors que ces seules dépenses expliquent près de 9 % du PIB par habitant. L’étude montre qu’à un surcroit de 10 % (soit 18,6€) de dépenses culturelles par habitant de la ville est associé un PIB par habitant supérieur de 1,7 % (soit 625,4€).
En somme l’action culturelle a un effet non seulement bénéfique, mais multiplicateur sur l’activité et le revenu, et en conséquence sur les rentrées fiscales. De quoi encourager le mécénat, une « bonne » niche fiscale !
Marie-Laure Cittanova - Slate.fr