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Lundi 09 Juillet 2012

Les moteurs de la croissance mondiale ont des ratés

Tandis que la zone euro cherche à concilier assainissement des finances publiques et soutien de la croissance, le reste du monde offre des perspectives d’activité plus modestes que celles anticipées au début de l’année. La faiblesse de la demande européenne explique une partie des difficultés actuelles, mais une partie seulement.

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En économie, il est rare qu’un événement puisse être interprété comme positif ou négatif à 100 %. Chaque médaille a un revers. Le cours du baril de mer du Nord était monté à plus de 126 dollars en mars, il est revenu autour de 100 dollars, après être même momentanément descendu au-dessous de 90 dollars en juin. A priori, c’est une bonne nouvelle : une énergie moins chère, c’est bon pour la croissance et pour la balance commerciale des pays importateurs comme la France.
 
Mais les raisons de cette baisse ne prêtent guère à l’optimisme : les intervenants sur le marché du pétrole anticipent un tassement de la demande du fait du ralentissement de l’activité mondiale. Autrement dit, si le prix du pétrole baisse, c’est parce que l’économie mondiale envoie des signaux inquiétants. Il n’y a donc pas lieu de se réjouir, même s’il est plutôt agréable de voir le coût du carburant reculer.
 

La zone euro au ralenti
 
Pour la France, l’Insee prévoit une croissance limitée à 0,4 % cette année, après 1,6 % en 2010 et 1,7 % en 2011. Par prudence, le gouvernement préfère retenir pour l’élaboration de son budget le chiffre de 0,3 % qui résulte de la moyenne des prévisions des économistes. Un tel ralentissement n’est pas sans conséquences : à plus de 1,5 % de croissance, on peut espérer stabiliser le chômage, voire le faire un peu reculer ; à 0,3 % ou 0,4 %, on risque de s’acheminer vers un taux de chômage de 10,3 % à la fin de l’année contre 9,8 % à la fin de 2011.
 
Encore faut-il souligner que la France fait partie des pays européens qui résistent le mieux à la détérioration de la conjoncture. Il est probable que la zone euro dans son ensemble enregistrera un recul de son PIB de l’ordre de 0,3 % cette année, avec des chutes plus marquées en Espagne, en Italie et plus encore en Grèce. Même l’Allemagne ne reste pas complètement à l’écart du mouvement, ainsi que le montre la baisse de l’indice IFO du climat des affaires, retombé à son plus bas niveau depuis mars 2010. La croissance du PIB allemand pourrait revenir de 3,1 % en 2011 aux environs de 1 % cette année. En dehors de la zone euro, le Royaume-Uni n’est pas non plus en très grande forme, avec un PIB qui risque fort de rester pratiquement inchangé cette année.
 
Ce fléchissement général pose de sérieux problèmes de politique économique. Comment les pays aux finances dégradées peuvent-ils s’en sortir ? S’ils appliquent correctement toutes les mesures de rigueur qui sont exigées d’eux, leur demande intérieure va chuter. C’est d’ailleurs déjà ce qui est en train de se passer. Leur seule solution est d’exporter davantage. Mais comme tous les pays européens en même temps mènent des politiques de rigueur, de façon plus ou moins marquée et plus ou moins avouée, aucun marché intérieur n’est vraiment porteur. Il  n’est pas nécessaire d’avoir une agrégation d’économie pour comprendre que si des pays ont besoin d’exporter plus, il faut qu’il y ait en face des pays en mesure d’augmenter leurs achats à l’étranger. Sinon, ça coince. Et c’est bien ce qui se produit actuellement.
Même la décision de la Banque Centrale Européenne d’abaisser le 5 juillet son taux directeur à 0,75 %, le taux le plus bas depuis la création de l’euro, n’a suscité aucune réaction favorable : compte tenu du mauvais fonctionnement actuel du marché monétaire et des problèmes bancaires, il n’est pas sûr que cette mesure ait un effet d’entrainement très fort sur le crédit et donc sur l’activité. Au contraire, les observateurs se disent que si la BCE, en dépit de la réticence de certains de ses dirigeants, va aussi loin sur la voie de l’assouplissement de sa politique, c’est que les choses vont vraiment mal. Il est fort probable que s’ils ne veulent pas asphyxier complètement les plus vulnérables d’entre eux, les pays de la zone euro devront leur accorder des délais plus longs pour la remise en ordre de leurs finances publiques ou des aides plus importantes. Le débat européen est loin d’être clos.
 

La Chineentre deux modèles de développement
 
Le salut peut-il venir de plus loin, des exportations vers les grands pays  émergents comme la Chine ou vers les Etats-Unis ? Les espoirs ne doivent pas être excessifs. La Chine est sur la voie du ralentissement. Troisième grande banque centrale à agir dans la journée du 5 juillet (la deuxième étant la Banque d’Angleterre qui a décidé d’injecter encore davantage de liquidités dans l’économie en relevant le plafond de ses achats de titres), la Banque populaire de Chine a baissé ses taux pour la deuxième fois en moins d’un mois. En juin, l’activité manufacturière a ralenti pour le huitième mois d’affilée ; le rythme de croissance du PIB est estimé à « seulement » environ 7,5 %  au deuxième trimestre et les dirigeants chinois, un peu surpris par l’ampleur des difficultés actuelles, souhaitent le stabiliser à ce niveau.
 
Mais la tâche n’est pas aisée : le passage d’une économie fondée sur les exportations à une économie reposant davantage sur la consommation ne peut se faire que progressivement. Une relance du type de celle de 2009 qui a conduit à une bulle immobilière est exclue. Enfin, souvent sous la pression de manifestations locales, le gouvernement doit renoncer à la construction de nouvelles unités particulièrement polluantes ou consommatrices d’énergie, comme ce fut le cas tout récemment dans le sud-ouest du pays pour une usine métallurgique.
 
L’Inde, incapable de poursuivre sur la voie des réformes, déçoit les attentes placées en elle et semble être entrée dans une période de grandes incertitudes. Le Brésil est sensible aux problèmes de ses grands partenaires et ralentit aussi. Plusieurs baisses des taux d’intérêt de la banque centrale y sont attendues dans les prochains mois.
 

Les Etats-Unis en panne d’emplois
 
Restent les Etats-Unis. Là encore, la situation est incertaine. Elle s’améliore de façon claire dans l’immobilier : les prix se stabilisent, les stocks de logements neufs sont bas, le nombre de permis de construire et de mises en chantier remonte. Mais le secteur n’a pas encore commencé à recréer des emplois et c’est ce dont le pays a le plus besoin en ce moment. Les créations ont eu tendance à ralentir au cours des premiers mois de l’année et l’emploi s’annonce comme une des clés de la prochaine élection présidentielle.
 
En attendant, les tensions entre Démocrates et  Républicains au Congrès continuent de provoquer un statu quo intenable sur le budget de l’Etat fédéral. La façon dont les Etats-Unis en sortiront inquiète les milieux financiers. Mais, en fin de compte, dans le contexte actuel, il est peut-être préférable que les responsables américains ne puissent  rien faire de sérieux pour réduire leurs déficits…
Face à toutes ces incertitudes, certains économistes agitent déjà le spectre d’une nouvelle crise majeure. Avec la zone euro menacée d’un effondrement prochain, la Chine à bout de souffle et les Etats-Unis près d’une rechute en récession, on serait au bord du gouffre. Le point de départ du raisonnement est juste.  Le climat économique 2012 se révèle plus rude qu’on ne le pensait. Mais les conclusions les plus noires paraissent infondées. A moins que l’on ait décidé de faire du catastrophisme son fonds de commerce.
 
 
Gérard Horny Slate.fr

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