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Jeudi 01 Septembre 2011

Politique économique : la voie étroite

L’économie n’est pas une science « dure ». En dépit de son usage croissant du langage mathématique, elle reste une science humaine, voisine de la psychologie.

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Le grand sujet de cette rentrée, c’est la schizophrénie des marchés, qui réclament partout une plus grande rigueur budgétaire et en redoutent les effets sur la croissance. Dans cet environnement compliqué, gouvernements et banques centrales ont des marges de manœuvre limitées.
 
La crise de la dette en Europe marque l’entrée dans la dernière phase de la crise financière apparue en 2007-2008. Le transfert de la dette des agents privés vers le secteur public a permis la stabilisation des marchés en 2009 et 2010 et la reprise générale de l’activité. Mais, pour les Etats aux finances publiques déjà vulnérables, ce fardeau supplémentaire était de trop. On peut juger excessives les conséquences de la baisse des notes accordées par les agences spécialisées à la dette publique de ces Etats, on ne peut contester que ces baisses étaient justifiées.
 
Quant aux réactions des marchés, elles suscitent une certaine incompréhension que le vocabulaire courant ne peut permettre de dissiper. L’expression « les marchés » ne signifie rien. Tous les acteurs des marchés n’ont pas les mêmes objectifs et n’utilisent pas les mêmes instruments. On ne gère pas un fonds spéculatif comme un fonds de pension. Dire que les marchés veulent ceci ou réclament cela, n’a en fait pas grand sens. Cela en a d’autant moins que tous les marchés ne réagissent pas de la même façon aux mêmes informations.

Pour tous ceux qui ont souscrit aux emprunts émis par les Etats, des politiques budgétaires plus rigoureuses sont une bonne nouvelle : ils ont l’assurance d’être remboursés en temps et en heure et la valeur des titres qu’ils détiennent est préservée. En revanche, pour les marchés d’actions, c’est une mauvaise nouvelle : plus d’impôts ou moins de dépenses publiques, cela risque de freiner l’activité et donc de peser sur les résultats des entreprises. Imaginons qu’un Etat accepte d’ « obéir aux marchés », sa tâche ne va pas être simple : il ne va pas pouvoir contenter tout le monde en même temps !
 
Marchés schizophrènes
 
La situation actuelle est d’autant plus compliquée qu’on est en pleine schizophrénie : le même marché peut émettre des signaux contradictoires. Ainsi les marchés obligataires semblent demander des mesures de rigueur mais, dans le même temps, ils manifestent leur appréhension : les coupes faites dans les dépenses publiques en Grèce ou au Portugal, par exemple, ne risquent-elles pas, en cassant tout espoir de reprise, de rendre la situation financière de ces deux pays encore plus difficile ?
Autrement dit, il est demandé aux gouvernements de résoudre la quadrature du cercle : il leur faut en même temps remettre de l’ordre dans les finances publiques et stimuler la croissance.  L’exercice est délicat, mais n’est pas irréalisable. C’est en tout cas le message que Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, a voulu faire passer le 26 août à Jackson Hole, lors de la conférence annuelle des gouverneurs de banque centrale : on peut à la fois mettre en place des plans crédibles de réduction des déficits futurs et être attentif aux conséquences de ces choix budgétaires sur l’activité à court terme.
 
C’est exactement ce double objectif que tente d’atteindre le gouvernement français en réduisant les avantages procurés par un certain nombre de niches fiscales : faire rentrer plus d’argent dans les caisses sans peser sur la croissance. L’exercice a évidemment ses limites : on peut pour commencer « raboter » de façon uniforme les avantages fiscaux procurés par toutes ces niches ; dans un second temps, il faudra bien prendre des mesures plus tranchées, supprimer complètement certaines niches et maintenir celles qui semblent avoir un réel impact économique. Mais cette phase ne pourra vraiment commencer qu’après les élections de 2012.
 
On retrouve une situation comparable, mais beaucoup plus compliquée aux Etats-Unis : l’organisation des pouvoirs y est telle qu’un Président sans la majorité dans les deux chambres du Congrès est paralysé. C’est d’ailleurs pourquoi, outre-Atlantique, les marchés sont si attentifs à la parole du président de la Réserve fédérale : pour l’instant, le pilotage de la conjoncture est presque exclusivement entre les mains de la banque centrale, le pouvoir politique est en service minimum. Cela dit, un pouvoir exécutif travaillant en plus grande  harmonie avec le pouvoir législatif serait également limité dans ses ambitions par le poids de ses déficits et de sa dette.
 
Craintes de récession
 
Cette situation complexe, dans laquelle les gouvernements n’ont pas les moyens d’intervenir vigoureusement pour soutenir l’activité et sont même incités à adopter des politiques restrictives, est-elle aussi inquiétante que la chute des marchés d’actions peut le laisser penser ? Certains économistes agitent le spectre d’une retombée en récession aux Etats-Unis, ce qui ne serait pas sans conséquence pour une Europe déjà en croissance molle. Cette éventualité ne peut être complètement écartée, mais ce n’est pas le scénario le plus probable.
 
Selon Ben Bernanke, le second semestre devrait être meilleur que le premier, affecté par le niveau élevé du prix des matières premières et la désorganisation de certains secteurs à la suite du tremblement de terre au Japon et au manque de certains composants. Il n’en reste pas moins vrai que la croissance américaine reste sous contrainte : la construction de logements neufs n’atteint même pas le tiers de son niveau d’avant la crise et le prix des logements existants est inférieur d’un tiers à ce qu’il était fin 2006. Les ménages épargnent plus et s’endettent moins ; à terme, c’est de bon augure pour l’économie américaine, mais cette phase d’assainissement a forcément un coût en termes de croissance.
 
Quant à l’Europe, qui avait démarré l’année à un rythme plus soutenu, elle est actuellement en train de ralentir. Les derniers indicateurs publiés en Allemagne laissent clairement apparaître un ralentissement des exportations et une moindre confiance des ménages. En France, la prévision officielle de croissance a été ramenée à 1,75 % pour chacune des deux années 2011 et 2012. Beaucoup d’économistes estiment que c’est encore trop. Mais il faut rappeler qu’il y a trois mois, ils étaient dans l’ensemble beaucoup plus optimistes. Avant de corriger encore à la baisse les prévisions, il est sans doute plus raisonnable d’attendre que le choc psychologique provoqué par la chute des marchés de cet été ait été absorbé.  Même les économistes ont une âme et peuvent se laisser gagner par l’émotion…
 
Gérard Horny Slate.fr

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