
L’euro restera encore bien au dessus de son taux le plus bas - 0,84 dollar - mais cet affaiblissement représente l’un des seuls moteurs encore possibles pour ranimer la zone euro, qui plonge dans la récession. Le FMI prévoit maintenant une chute de 0,3% du PIB cette année avant une reprise sans force de 0,7% en 2013. Pour la France, les économistes ne prévoient plus en moyenne qu’un minuscule +0,2% cette année et 0,7% l’an prochain.
Regain de compétitivité
Le recul de la monnaie unique permettrait un regain de compétitivité à l’exportation hors-zone et, en sens inverse, un renchérissement des importations irremplaçables comme l’énergie. Mais au total, l’effet serait bénéfique, en particulier pour les pays malades comme l’Espagne. Rééquilibrer la balance des paiements ibérique éliminerait l’un des déficits et montrerait que le pays, globalement, ne vivrait plus au dessus de ses moyens. Ne resteraient plus que les déficits « internes », ceux des ménages, de l’Etat et des régions, et bien entendu les mauvaises créances bancaires.
Les autres espoirs de croissance sont maigres. Le volet « croissance » du dernier Sommet européen, voulu par le président français, reste vague et n’apporte rien dans le court terme. Les plans d’austérité portent, eux, un effet immédiat. L’Espagne vient de décider de renforcer encore ses coupes dans les dépenses de 65 milliards d’euros, alors que la récession atteindra 1,5% cette année et se prolongera encore en 2013.
Si les Etats ne peuvent plus faire grand chose pour redynamiser l’économie, les regards se sont tournés vers la Banque centrale européenne. La BCE a abaissé ses taux, il lui reste encore une marge de manœuvre. Il lui reste aussi à agir pour tenter de refroidir les taux d’intérêts des pays en crise.
Orthodoxie germanique
Une souhaitable et bénéfique nouvelle baisse de l’euro se heurte à deux obstacles. Le premier est interne : la culture de la BCE, installée à Francfort et inspirée par l’orthodoxie germanique. L’Allemagne a toujours voulu un Deutschmark fort, puis un euro fort. Mais le président de la BCE, Mario Draghi, ne cesse de dire ces dernières semaines qu’il n’avait « aucun tabou » et que s’il devait lutter contre l’inflation, il devait aussi veiller à la déflation. Les prix en Europe ne doivent pas dépasser 2%, selon la règle fixée à Francfort, mais ils ne doivent pas non plus descendre trop loin sous les 2%. Autrement dit, une nouvelle baisse des taux et une ouverture de la politique monétaire sont possibles sans crainte qu’elles affaiblissent la valeur en dollar de la monnaie européenne.
L’autre obstacle est plus haut. Il s’agit de la réaction américaine à un « dollar fort », contrepartie d’un « euro faible ». Toutes ces dernières années, on a pu penser que Washington souhaitait un dollar faible pour aider les exportateurs américains. Les pouvoirs, exécutif comme monétaire, sur la même ligne, exprimaient le contraire, mais agissaient discrètement avec cet objectif. L’euro, avant la crise, puis malgré la crise, était ainsi resté « fort ».
La FED impuissante
Y aurait-il un retournement dans la capitale américaine ? Dans une chronique du Financial Times, l’économiste américain Martin Feldstein le pense. Le regain de compétitivité des exportations européennes aura bien un effet négatif sur les exportations américaines, écrit-il, mais il sera faible puisque le commerce entre l’Amérique et la zone euro ne représente que 5% du commerce total américain.
Il ajoute que la FED, la banque centrale américaine, ne peut plus abaisser ses propres taux pour rendre le dollar moins attractif et espérer ainsi « contrer » la baisse des taux européens. La FED ne peut rien faire si tant est qu’elle le voulait. Surtout, rappelle Martin Feldstein, le président Barack Obama et Ben Bernanke, président de la FED, ont déclaré à plusieurs reprises que l’économie américaine souffrait directement de la crise européenne. La soulager par un euro faible ne serait sans doute pas sans douleur, mais le pire des maux est la récession en Europe.
Ces considérations apportent une note optimiste. L’euro faible est possible. Vive l’euro faible !
Eric Le Boucher
Slate.fr