
On compte 11 millions de Français résidant en zone rurale, soit un petit 18% de la population. La France est résolument urbaine désormais, mais, décentralisation ou pas, le « désert français » est toujours là. Sur 36 400 communes, seules 1400 disposent d’un établissement d’enseignement secondaire. 2, 2% des bacheliers sont enfants d’agriculteurs. Laissés pour compte, par rapport à l’abondance mille-feuilles d’études sur les jeunes des quartiers défavorisés des grands ensembles urbains, les « jeunes ruraux » ont retenu l’attention de deux chercheuses, Yvette Grelet et Céline Vivent, pour le compte du Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications). Leur étude concerne la Basse-Normandie, mais reste valable pour l’ensemble du territoire rural français mité par des inégalités particulières.
Particularités relevées : « malgré des résultats scolaires équivalents à ceux observés en milieu urbain –voire meilleure pour les classes uniques- les élèves ruraux connaissent des difficultés d’adaptation au collège et au lycée. Ensuite, ils font preuve d’aspirations plus modestes en terme de poursuite d’études et de projets de métier. Or, à l’unisson d’autres travaux du ministère de l’Education nationale, est mis aussi en évidence le fait qu’à « origine sociale et résultats scolaires égaux, la confiance accordée aux diplômes professionnels du secondaire est bien plus affirmée dans les zones rurales que dans les grandes villes ». Constat d’Yvette Grelet et Céline Vivent : « les orientations et les parcours en études semblent bien se construire en fonction du bagage social familial et du contexte socio-économique local, mais aussi en fonction de ressources qui sont inégalement réparties. »
Encourager les formations supérieures et celles au développement durable
Sur la période étudiée (1996-2006), l’espace rural a vu sa démographie augmenter de 0,7% par an, un rythme en résonance avec celui de la population française. La population professionnelle est celle des agriculteurs, des artisans et des ouvriers. Les mobilités pour les études sont la règle : « la moitié des 15-17 ans doivent chaque jour accomplir en moyenne 18 kilomètres pour se rendre dans leur établissement scolaire ». Les formations suivies dans les établissements en zone rurale sont majoritairement à visée professionnelle rapide et assez typées dans leur répartition par genre : les garçons s’orientent vers les métiers du BTP et de la mécanique, les filles se dédient aux spécialités du secteur sanitaire et social, sans oublier les services à la personne. Une forte majorité des jeunes ruraux choisit des formations professionnelles courtes. « Les jeunes ruraux estiment à 81% (contre 75% en moyenne) que leurs orientations après la troisième ont été conformes à leur demande », explique l’étude. Sont-ils vulnérables face aux incertitudes du marché du travail ? « Moins les jeunes sont qualifiés, moins ils travaillent en milieu urbain, indique l’étude du Céreq, en effet 31% des jeunes actifs peu qualifiés travaillent dans l’espace rural contre 20% des diplômés du supérieur. Le départ des jeunes diplômés vers les territoires urbains plus riches en qualifications est une préoccupation récurrente pour des régions rurales comme la Basse-Normandie. »
Les ruraux bacheliers qui poussent les feux de la formation supérieure doivent quitter leur région (22% contre 17% pour les urbains du même territoire). Le Céreq y perçoit un phénomène d’appauvrissement de ces territoires. Une perspective encourageante, si ce n’est enthousiasmante, pour nos deux chercheuses : « l’économie durable ouvre peut-être, sur le long terme, de nouvelles perspectives pour ces jeunes qui, à condition de mobiliser des vecteurs de connaissance immatérielle et d’élargir les voies d’accès à la qualification, peuvent être les nouveaux piliers d’un nouveau développement territorial. »
Yvette Grelet et Céline Vivent proposent que les pouvoirs publics encouragent « la poursuite d’études des jeunes ruraux, y compris dans les filières professionnelles, dans le cadre de 50% d’une génération au niveau de l’enseignement supérieur. » Pour cela, il faudrait développer les aides au logement et à la mobilité.
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« La course d’orientation des jeunes ruraux », d’Yvette Grelet et Céline Vivent, Bref du Céreq n°292 (septembre 2011)
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