Tous les articles

Une petite étude, « Mobilité et stabilité sur le marché du travail : une dualisation en trompe-l’œil », élaborée par le Centre d’Etude de l’Emploi (CEE), confirme que l’instabilité de l’emploi ne touche pas tous les milieux et les générations de la même façon. Selon le document qui examine la période 1982-2009, la part de salariés qui a changé de situation sur le marché du travail, selon tous les cas de figures (licenciement, mobilité), est passé d’environ 12% au milieu des années 1980 à 19% en 2009.
Mais il s’agit d’un trompe-l’œil statistique indique l’étude : ce mouvement s’est surtout déroulé lors de la décennie 1980, et aujourd’hui l’instabilité de l’emploi est… plutôt stable, oscillant autour de 18%. Mais la stabilité semble avoir mangé son pain blanc, et de fait l’instabilité devrait repartir à la hausse dans quelques années selon le scénario prospectiviste de Thomas Amossé et Mohamed-Ali Ben Halima, chercheurs du CEE et de l’IRDES (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé).
La création d’une « dualisation structurée »
Le CEE indique une forme de cristallisation de cette instabilité, « une dualisation structurée ». Autrement dit, on compte désormais des emplois de plus en plus stables face à une population de travailleurs de plus en plus instable, celle des peu diplômés notamment. En revanche, les cadres, les professions intermédiaires et celles de la sphère publique et des grandes entreprises industrielles et financières ont gagné en stabilité dans les années 1980. Ainsi, les actifs qui ont quitté l’école depuis au moins cinq années et déroulent leur carrière durant au moins trois quart de leur vie professionnelle chez un même employeur sont à la hausse sur cette période, grimpant de 26 à 32%. Pourquoi ? Le CEE avance l’explication du vieillissement de la population active. Même s’il faut trier. Les générations nées entre 1944 et 1963 constitueraient les contingents les plus stables. Elles constitueraient une parenthèse sociétale, entre les générations précédentes et les suivantes. « Avec le départ en retraite de ces générations, la dualisation risque de s’effacer, préviennent Thomas Amossé et Mohamed-Ali Ben Halima. Il y aurait davantage de mobiles et moins de stables sur un marché du travail moins rigide, ce que certains espèrent, mais aussi moins protecteur, ce que d’autres redoutent. »
Une période d’incertitude s’ouvrirait donc avec la retraite des stables. Devra-t-on alors assister à des embauches massives et durables ? « Les recrutements à venir se feront-ils dans des conditions statutaires et de gestion des ressources humaines comparables à celles connues il y a quarante ans ? », se demandent en doutant les auteurs de l’étude. « Une alternative serait une relance des marchés internes, avec une politique active (rémunération, formation) des entreprises pour stabiliser leur main d’œuvre actuelle », énoncent timidement les chercheurs qui estiment qu’il y aura « davantage de mobilité sur le marché du travail », une instabilité supportée de fait par les jeunes générations et les peu diplômés de ces cohortes d’âge.
www.lesinfluences.fr
« Mobilité et stabilité sur le marché du travail : une dualisation en trompe-l’œil » de Thomas Amossé et Mohamed-Ali Ben Halima, Connaissance de l’emploi, n°75, CEE.