Marie, salariée dans une grande entreprise depuis cinq ans, vient de recevoir une proposition de formation de la part de son employeur. Cette formation, bien qu’intéressante sur le papier, ne correspond pas vraiment à ses aspirations professionnelles actuelles. Elle se demande alors si elle a le droit de refuser cette opportunité sans risquer de se mettre en porte-à-faux avec sa hiérarchie.Dans le même temps, Paul, un de ses collègues, a lui aussi été sollicité pour une formation similaire. Contrairement à Marie, Paul voit cette offre comme une chance inespérée de monter en compétences. Les différents points de vue de Marie et Paul illustrent bien les questions que soulèvent les formations proposées par les employeurs : est-il possible de les refuser, et à quelles conditions ?
Les obligations de l’employeur en matière de formation
La loi encadre précisément les devoirs de l’employeur en matière de formation professionnelle. Il lui incombe de veiller à ce que chaque salarié possède les compétences nécessaires pour accomplir ses missions, et ce, dans de bonnes conditions. Impossible donc de négliger l’adaptation des salariés à leur poste : c’est une responsabilité de l’entreprise, pas un simple choix.
Le plan de développement des compétences reste l’outil central pour anticiper et organiser les actions de formation. Ce document n’est pas un simple tableau de bord : il reflète la stratégie de l’entreprise, en détaillant les actions à mener sur une période donnée. Il regroupe généralement différents types de formations :
- Celles rendues obligatoires pour la sécurité et la santé des salariés.
- Celles qui assurent le maintien de l’employabilité.
- Celles qui favorisent le développement personnel ou professionnel.
Au-delà de ce plan, l’employeur doit aussi investir financièrement dans la formation continue. Chaque année, une partie de la masse salariale, au moins 1,6 %, doit être consacrée à la formation. Ce seuil peut évoluer en fonction de la taille de l’entreprise, mais il reste un repère incontournable.
Quand un salarié refuse une formation, l’employeur n’a pas carte blanche pour sanctionner. Il doit examiner les raisons invoquées. Si la formation s’impose pour des raisons légales ou si elle est nécessaire à l’exercice du poste, le refus peut être assimilé à une faute professionnelle. Mais dans bien d’autres situations, un dialogue permet souvent de trouver un terrain d’entente, ou d’adapter la proposition.
Autre point à ne pas négliger : le Compte Personnel de Formation (CPF). Ce dispositif permet à chacun d’accumuler des droits à la formation tout au long de sa carrière, pour les mobiliser selon ses envies ou ses besoins. Un vrai levier d’autonomie pour les salariés, même si l’employeur reste partie prenante dans certaines démarches.
Les droits des salariés face à une formation imposée
Lorsqu’une formation est imposée par l’employeur, plusieurs droits viennent protéger le salarié. D’abord, si la formation a lieu pendant les heures de travail, elle doit être rémunérée normalement. Le temps passé en formation est alors comptabilisé comme temps de travail effectif, sans discussion possible.
Mais si la formation se tient en dehors du temps de travail, le salarié doit donner son accord. Cette règle souffre quelques rares exceptions : si la formation vise à garantir la sécurité, la santé ou la conformité légale, l’employeur peut exiger la participation. Hors de ces cas, l’adhésion du salarié reste indispensable.
Un refus est possible si la formation ne correspond ni au poste ni aux compétences actuelles du salarié. Encore faut-il que cette décision soit argumentée : un refus arbitraire ou mal expliqué risque d’être vu comme un acte d’insubordination, avec les risques disciplinaires que cela implique.
Les recours possibles
Si le dialogue direct ne suffit pas, plusieurs options restent envisageables pour le salarié :
- Solliciter les représentants du personnel, ou le comité social et économique (CSE).
- Demander l’avis de l’inspection du travail, voire son arbitrage.
- En cas de blocage persistant, saisir le conseil de prud’hommes pour trancher le litige.
Dans la pratique, la négociation reste souvent la meilleure porte de sortie. Un échange franc, où chacun expose ses contraintes et ses attentes, permet généralement d’éviter l’escalade et de trouver un compromis qui respecte les intérêts de tous.
Les motifs légitimes pour refuser une formation
Il existe plusieurs raisons valables pour refuser une formation proposée par l’employeur, à condition de pouvoir les justifier clairement.
Incompatibilité avec les compétences et le poste
Un salarié n’a pas à accepter une formation totalement déconnectée de son poste ou de ses missions actuelles. Par exemple, imposer une formation de gestion administrative à un technicien de maintenance, sans lien avec ses fonctions, peut être contesté de façon fondée.
Contraintes personnelles
Des obligations familiales, des raisons de santé ou d’autres contraintes personnelles constituent également des motifs sérieux. Mais il ne suffit pas de les évoquer : il faut pouvoir les expliquer précisément à l’employeur, preuves à l’appui si besoin.
Risque de surcharge de travail
Si la formation se déroule hors des horaires habituels et menace l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, le salarié peut s’y opposer. La surcharge de travail qui en découlerait n’est pas un détail, mais un argument recevable.
Formation non rémunérée
Un salarié n’est pas tenu d’accepter une formation en dehors de ses heures de travail si celle-ci n’est pas rémunérée. Le temps investi doit être reconnu à sa juste valeur, comme du temps de travail effectif.
Pour résumer, les motifs légitimes pour refuser une formation incluent :
- Inadéquation avec le poste : La formation doit avoir un lien réel avec les missions du salarié.
- Contraintes personnelles : Une situation familiale ou de santé particulière peut justifier un refus.
- Surcharge de travail : L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée doit être préservé.
- Non rémunération : La reconnaissance financière du temps de formation est non négociable.
Conséquences d’un refus de formation pour le salarié
Dire non à une formation n’est jamais un geste anodin. Les conséquences varient selon le contexte, la justification apportée et la nature même de la formation.
Impact sur l’évolution professionnelle
Refuser une formation peut ralentir l’évolution de carrière. Les occasions de se former sont souvent associées à la prise de nouvelles responsabilités ou à des promotions. Refuser, c’est parfois laisser passer une chance de progression.
Répercussions sur la relation avec l’employeur
Le dialogue avec l’employeur peut s’en trouver affecté. Un refus mal expliqué ou ressenti comme un désengagement risque de détériorer la confiance. D’où l’intérêt de toujours communiquer avec clarté sur ses motivations.
Sanctions possibles
Selon la nature de la formation et les circonstances du refus, des mesures disciplinaires peuvent être envisagées. Si la formation est obligatoire pour des raisons de sécurité ou imposée par la loi, un refus pourrait être qualifié de faute professionnelle. Les sanctions peuvent aller de l’avertissement à la rupture du contrat, en passant par une suspension temporaire.
Les conséquences les plus courantes d’un refus de formation sont les suivantes :
- Évolution professionnelle : La progression ou l’accès à de nouvelles fonctions peuvent se trouver limités.
- Relation avec l’employeur : Un malentendu ou une défiance peuvent s’installer.
- Sanctions disciplinaires : L’entreprise peut aller jusqu’à envisager des mesures allant de l’avertissement à la rupture du contrat.
Alternatives pour éviter le refus
Pour éviter d’en arriver à un refus formel, il est souvent possible d’ouvrir la discussion avec l’employeur. Proposer des aménagements, adapter le contenu ou le calendrier de la formation, voire négocier une autre solution, permet parfois de débloquer la situation sans crispation. L’écoute et le dialogue restent, dans bien des cas, les meilleurs alliés du salarié.
Refuser une formation, c’est parfois nécessaire, souvent délicat, jamais anodin. Entre affirmation de soi et négociation, chacun trace sa trajectoire, conscient que derrière chaque décision se dessine l’avenir professionnel, et parfois la confiance au sein de l’équipe.


